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#ComPol – Quels sont les partis politiques les plus influents sur Twitter ?

Cet article s’intéresse aux prises de paroles des principaux partis politiques français, sur Twitter. Comment s’articulent leurs lignes éditoriales ? Que révèlent leurs messages sur leurs prises de position ? Dans quelle mesure sont-ils repris par leurs lecteurs ? Pour répondre à ces questions, nous avons collecté les 4000 derniers messages postés par 25 partis politiques disposant d’un compte Twitter actif (ayant publié au moins un message au cours du dernier trimestre). Ce seuil de 4000 messages peut représenter l’intégralité des publications du compte Twitter de certains partis. Cependant, nous avons restreint la période d’analyse du 21 février au 14 mai 2016 afin de conserver un jeu de données homogène et ne pas introduire un biais dans l’analyse des comptes les plus actifs.

Quels sont les partis qui s’expriment le plus souvent sur Twitter ? 

Au cours de cette période, les 25 partis politiques analysés ont publié 11.775 messages, et ont repartagé 8473 tweets. Leurs publications originales ont été partagé 213.057 fois, ce qui témoigne d’une certaine autorité au sein du réseau social Twitter. Pour la plupart de nos analyses, nous ne conservons que les messages originaux publiés par les partis politiques. En effet, nous pouvons considérer que le repartage de contenus produits par d’autres utilisateurs est un comportement distinct, qui ne revêt pas forcément les mêmes enjeux :

  • lorsque je publie, je m’exprime personnellement, je décide de documenter et d’archiver des contenus sur mon profil social
  • lorsque je retweete, je valorise la publication d’un autre utilisateur, je relaye une information au sein de mon réseau et je contribue à légitimer sa publication. J’écris dans ses écritures.

Le Front National, le Parti de Gauche et Les Républicains sont les comptes qui ont le plus fréquemment pris la parole sur Twitter. Cependant, Le Parti de Gauche (PG) est le compte qui a produit le plus de contenus originaux (2186 messages) devant le Front National (2092 messages). Trois quarts des publications des Républicains sont des repartages, ce qui le positionne derrière le Parti Socialiste, Nous Citoyens, l’UDI et le PCF, en terme de création originale. Ce constat n’est pas forcément négatif, et peut révéler une stratégie éditoriale, visant à relayer la parole des cadres du parti au travers d’un compte « carrefour ».

contenus-originaux

Quels sont les partis politiques les plus repris sur Twitter ? 

Un autre panorama se dresse face à nous, si l’on analyse la performance des prises de parole de chaque parti, en sommant le nombre de retweets obtenus par chacune de leurs publications originales. Le compte du Front National supplante le reste des partis avec 75.488 retweets obtenus pour 2092 prises de paroles, ce qui lui confère une part de voix dépassant les 35%. Ici, nous calculons la part de voix sur la totalité des retweets obtenus par les partis (somme des retweets obtenus par un parti, sur la totalité des retweets).

RT

part-de-voix

Quel est le parti politique le plus « influent » sur Twitter ? 

Cette analyse nous amène à mettre au regard ces volumes d’interactions sur les messages, à la base de followers de chaque compte. Nous pouvons nous attendre à ce que les comptes les plus suivis, soient aussi les plus repris. Les Républicains disposent d’une base de 182.399 followers, Europe Ecologie Les Verts de 150.302 followers et le Parti Socialiste de 138.881 followers.

followers

Les comptes de partis bénéficient naturellement d’une certaine « autorité » au sein du réseau social. Ce sont des producteurs d’informations qui cristallisent la propagation de leurs contenus. Ainsi, comme nous l’avons précédemment défini lors de notre étude sur  la présence des députés français sur Twitter, nous construisons la cartographie des partis sur la base de deux indicateurs : l’impact (taux de reprise des messages) et la réputation (rapport entre le nombre d’abonnés et d’abonnements). Plus ces indicateurs tendent vers 1, plus le parti analysé est performant.

carto

Nous définissons un score d’autorité, produit de l’impact et de la réputation, qui nous permet d’établir un classement des partis.  Ainsi, il apparaît qu’au cours de la période analysée, le Front National est le compte Twitter de parti politique le plus influent, à la fois suivi est fortement repris. La plupart des comptes proposent des scores élevés (>0,5) et nous observons qu’une douzaine de comptes peuvent être qualifiés de super-influenceurs avec des scores supérieurs à 0,75.

classement-parti-politique-twitter

Quels sont les sujets les plus abordés par l’ensemble des partis politiques sur Twitter ? 

L’analyse des hashtags nous apporte une première réponse, par leur fonction métalinguistique. Néanmoins, nous distinguerons les hashtags présents dans les contenus originaux, des hashtags issus des contenus repartagés pour les raisons décrites précédemment.

hashtags

5 sujets ont été largement relayés par plus de la moitié des partis politiques analysés. Le hashtag #loitravail a été mentionné par 18 des 22 partis (81%) ayant publié sur la période, dans 345 tweets originaux (soit 7,2% des messages contenant un hashtag). Les hashtags #nuitdebout et #panamapapers ont été mentionné par 12 partis, dans respectivement 178 et 83 messages. Les hashtags #déchéancedenationalité et #chomage ont été mentionnés par 11 partis, dans respectivement 74 et 67 messages. Il est intéressant de noter la présence des hashtags #hollande et #macron parmi les plus mentionnés dans les repartages.

La nature des hashtags interpelle car, au-delà de grands sujets d’actualités, on note la propension de ces comptes à se mobiliser au travers de la pratique du live tweet, soit dans le cadre de relais médias (#bourdindirect, #tirscroises, #bfmtv, …) ou d’événements propres à chaque parti (#congresudi, #planb, #directps…)

Comment s’articulent les prises de paroles des partis politiques sur Twitter ?

Au croisement des deux précédentes interrogations, nous avons construit un graphe interactif représentant les citations de hashtags dans les messages originaux postés par les comptes Twitter des 25 partis politiques. Chaque noeud représente un hashtag, les noeuds rouges sont les comptes des partis politiques. La taille des noeuds varie en fonction du nombre de tweets et leur couleur en fonction de leur importance au sein du réseau.

> en sélectionnant un hashtag, vous pouvez voir quel(s) parti(s) l’ont mentionné

> en sélectionnant un parti politique, vous visualisez tous les hashtags qu’il a mentionné au cours de la période (21 janvier -> 14 mai 2016).

Nous observons plusieurs éléments notables :

  • les comptes de partis politiques évoluent en silo. Ils ne mentionnent que très peu les autres partis au travers des hashtags. Nous observons finalement une faible densité de sujets « centraux ».
  • Les hashtags traduisent des terrains d’expressions plus ou moins vastes. Ainsi, le Parti de gauche aura préempté 146 hashtags différents au cours de la période, contre une trentaine pour EELV.

Quelles sont les personnalités / institutions les plus mentionnés par les partis politiques ? 

De la même manière, nous avons construit un graphe interactif représentant les mentions présentes dans les messages des partis politiques. La taille des noeuds correspond cette fois-ci à leur importance au sein du réseau (centralité).  Ainsi, nous identifions de nombreux :

  • membres ou ex-membres du gouvernement, notamment cités par les partis d’opposition. François Hollande est central dans le réseau, puisqu’il est cité par 14 partis, mais on retrouve aussi Emmanuel Macron, Manuel Valls, Ségolène Royal, Jean-Jacques Urvoas, Emmanuelle Cosse, Christiane Taubira.
  • des portes paroles ou figures de proues, très fréquemment cités par leurs propres partis, tels que Jean Christophe Cambadélis, Florian Philippot, Eric Coquerel, Nicolas Bay, Nicolas Dupont Aignan, Jean Luc Mélenchon, Jean Christophe Lagarde…
  • des médias, cité par de très nombreux partis : iTélé, BFM TV, LCI, LCP, Public Sénat, etc.

En conclusion, cette étude particulièrement révélatrice de contrastes dans l’usage d’un réseau social par les partis politiques en France. Certains partis, tel le Front National ou le Parti de Gauche, ont mis Twitter au service de leur communication pour profiter d’une caisse de résonance afin que leurs messages se diffusent sur l’ensemble des médias.  Cela s’illustre notamment par la prépondérance des citations de médias nationaux (presse ou TV) et de la figure du porte-parole.

Erwan Le Nagard
Erwan le Nagard est spécialiste des réseaux sociaux. Il est l’auteur du livre « Twitter » publié aux éditions Pearson et, Social Media Marketer. Il intervient au CELSA pour initier les étudiants aux médias numériques et à leur utilisation.

Marion-Maréchal Le Pen, la carte et le territoire de son influence sur Twitter

Notre précédente étude, intitulée « L’activité des députés sur Twitter« , s’intéressait aux rôles protéiformes que joue le réseau social dans la communication des élus, que ce soit dans leurs échanges au sein / en dehors des partis ou plus largement avec les médias et les citoyens. Nous avons montré que le groupe Socialiste Républicain Citoyen, dispose d’un plus grand nombre de députés en cours de mandat inscrits sur Twitter, conséquence logique de sa majorité à l’Assemblée. Ces derniers produisent le plus grand nombre de contenus, mais ceux des partis d’opposition, notamment l’UMP et le Front National, sont plus fréquemment repartagés. Les élus les plus « polémiques » semblent être les plus influents sur Twitter, à l’image de Marion-Maréchal Le Pen.

Tweets de députés les plus repris au premier semestre 2015

Tweets de députés les plus repris au premier semestre 2015

La députée membre du Front National, parti minoritaire au sein de l’hémicycle, bénéficie d’une large audience (près de 70.000 followers) et ses publications sont très largement reprises puisque, au cours du premier semestre 2015, un quart de ses messages ont obtenu plus de 250RT. Pourtant, la députée est relativement isolée par rapport aux autres élus, qui la mentionnent rarement dans leurs échanges sur Twitter. Au travers de cette nouvelle étude, nous souhaitons questionner le rôle de la polémique dans la constitution d’un réseau d’influence sur Twitter. Cela nous a amené à nous interroger sur l’audience du compte Twitter de Marion-Maréchal Le Pen. Ces 70.000 followers sont-ils des votes acquis pour le Front National ? Quelles peuvent être leurs motivations à suivre cette élue du Vaucluse, s’ils n’adhèrent pas aux valeurs de son parti ?

Constitution de l’échantillon

Pour répondre à ces questions, nous avons collecté les profils publics de 69.478 utilisateurs abonnés au compte de Marion-Maréchal Le Pen, à l’aide de l’API de Twitter. 42,5% de ces utilisateurs ont personnalisé leurs comptes Twitter en rédigeant une courte « biographie » à l’aide de champs texte en saisie libre et 40,5% ont précisé une localisation. Ces informations partagées publiquement nous ont permis de déduire une localisation (au niveau départemental), une tranche d’âge (mineur / majeur) et une activité professionnelle, respectivement pour 50%, 34% et 15% d’entre eux. En terme d’usage, nous photographions la carte habituelle de Twitter : une minorité d’actifs, early adopters, et une majorité d’observateurs « passifs ». 56% des utilisateurs ont créé leur compte Twitter après 2013 ; 72,5% sont suivis par moins de 100 followers ; 55,8% ont publié moins de 100 tweets depuis la création de leur compte et 82% ont une réputation faible. Nous définissons la réputation comme la capacité d’un utilisateur a être naturellement suivi par d’autres : réputation = #followers / (#followers + #following).

followers

status

reputation

creation

Une présence dans les grands centres urbains et leurs banlieues

Les deux cartes ci-dessous comparent les résultats du Front National aux élections départementales 2015 et la répartition géographique des followers de Marion-Maréchal Le Pen. Premier constat : la majorité des followers de Marion-Maréchal Le Pen se répartissent en dehors du Vaucluse. Pour certaines régions (pourtour méditerranéen, Nord et Est de la France), on observe une corrélation : les followers de Marion-Maréchal Le Pen se situent dans des départements où le vote FN est bien ancré. Néanmoins, les deux cartes ne correspondent pas tout à fait et, ce sont d’avantage les grands centres urbains qui s’éclairent sur la carte. Apparaissent Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, Tours où le Front National n’a pas brillé lors des dernières élections. La sphère d’influence de la députée s’éloigne largement du Vaucluse.

resultats-vote-fn-departementales-2015

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Dans son livre « L’Atlas des inégalités », le démographe Hervé Le Bras lie la montée du vote Front National à celle des inégalités, et associe cet engagement à une composante anti-urbaine. Nos conclusions sont plutôt à l’opposé de ses constats. Plusieurs explications sont possibles, notamment sous le prisme des usages de Twitter :

– Twitter est une plateforme de contenus sur laquelle on s’informe des faits d’actualité ; une partie non-négligeable des followers suivent probablement le compte de Marion-Maréchal Le Pen sans forcément adhérer aux valeurs de son parti. S’abonner à un compte Twitter n’est pas forcément un acte d’adhésion ou un acte militant.
– Cherchant la validation de leurs pairs, les utilisateurs se décrivent d’avantage comme habitant le centre urbain le plus proche que sa véritable localité (« J’habite Paris », plutôt que Levallois-Perret)

description

Ces presque 70.000 followers ne sont pas représentatifs de la population française, ou de l’électorat-type du Front National. Nous pouvons d’ailleurs le confirmer par l’analyse des termes les plus fréquemment cités dans les descriptions. A partir d’un échantillon de 4367 comptes, nous pouvons déterminer leurs principales activités professionnelles. En suivant la catégorisation des métiers de l’INSEE, nous identifions une grande proportion de cadres et professions intellectuelles tandis que les ouvriers et les retraités sont très peu représentés. Une nouvelle fois cela peut être expliqué par les usages dominants de Twitter et leurs enjeux réputationels :
61% ont moins de 35 ans, 33% habitent en Île-de-France, 19% sont des cadres supérieurs
– les individus qui se décrivent sur Twitter sont déjà des utilisateurs « actifs » de la plateforme. De plus, on se décrit plus volontiers lorsqu’on occupe une position hiérarchique (surreprésentation de « présidents », « directeurs », « responsables », …)
– Marion-Maréchal Le Pen utilise Twitter pour communiquer de manière privilégiée avec certains segments de la population. La députée fabrique son autorité par de multiples échanges avec des hommes/femmes politiques, journalistes et citoyens

metiers

Cependant, nous observons quelques disparités dans la répartition des utilisateurs en fonction de leurs catégories socioprofessionnelles. Logiquement, les étudiants et les cadres se concentrent dans les métropoles et grandes villes universitaires (Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lille, etc.). Nous en comptons respectivement 67% et 63% dans des villes de plus de 100.000 habitants. En revanche, les professions intermédiaires sont majoritairement présentes dans les villes de moins de 100.000 habitants (51%), et plus particulièrement dans les villes moyennes de 10 à 100.000 habitants (27%) ainsi que dans le sud-est de la France. Les artisans, commerçants et chefs d’entreprises sont aussi très présents dans les zones de moins de 100.000 habitants (44%).

Enfin, à un niveau plus fin d’analyse, nous observons de nombreux termes liés au monde des médias (« journaliste », « rédacteur en chef », « chef de rubrique »…) ou à la politique. Sur 697 utilisateurs identifiés comme journalistes, plus de 60% se situent en Ile-de-France. Néanmoins, ces journalistes sont répartis sur l’ensemble du territoire (au moins 1 par région), et jouent probablement un rôle clé dans la dissémination, au niveau national, des polémiques lancées par la députée. Nous recensons 656 utilisateurs se décrivant élus, adjoints, collaborateurs ou candidats (« maire », « député », « conseiller régional », etc.) ; 72% sont issus de villes de plus de 10.000 habitants.

Feuille 25

cadres

artisans

etudiants

professions intermediaires

journalistes

En résumé, nous montrons que l’équation 1 follower = 1 vote n’est pas vérifiée. Marion-Maréchal Le Pen prend moins une posture de communication en lien direct avec son électorat, qu’une communication « institutionnelle », observée par des médias, des responsables politiques, des groupes  militants.

Erwan Le Nagard
Erwan le Nagard est spécialiste des réseaux sociaux. Il est l’auteur du livre « Twitter » publié aux éditions Pearson et, Social Media Marketer. Il intervient au CELSA pour initier les étudiants aux médias numériques et à leur utilisation.

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